[DVD] Take This Waltz, le bijou de Sarah Polley

Comme l’a si bien écrit Fabien, Sarah Polley nous a offert avec Stories We Tell un petit bijou. De ceux qui vous touchent dès la salle de cinéma, auquel on pense et repense en souriant. Mieux ! Il s’installe dans nos pensées subrepticement et nous fait dire « je voudrais bien faire partie de sa famille », malgré ce qu’elle vit. Ce que la réalisatrice réussit avec ses proches et son histoire familiale, elle sait aussi le faire avec des acteurs et un scénario qu’elle signe, comme le prouve Talk This Waltz.

Avertissement : les propos qui suivent peuvent heurter la sensibilité des lecteurs idées reçues.

Talk This Waltz est disponible ce mois-ci en DVD, avec dans les rôles principaux Michelle Williams, Seth Rogen (vu chez Appatow, mais pas que), Luke Kirby (entrevu dans des séries). Pourquoi n’avons-nous aucun souvenir de ce film malgré la présence de la miss, déjà bien remarquée dans Blue Valentine, entre autres, sorti durant l’été 2011 chez nous ? Justement parce nous sommes chez nous ! Pas de sortie en France, punis ! La Belgique a eu la chance de l’avoir à l’affiche en 2012. Je suis sûre que c’est pas loin comme pays, on doit même être voisin, enfin je crois. Quelles que soient les raisons de cette non-sortie française, je ne veux pas les connaître, elles vont m’agacer. Un film qui sort directement en DVD, c’est forcément une daube (ou autre chose si vos références sont plutôt post-digestives) sera donc la première idée reçue à se prendre un bon gros coup de pelle, car ce film est tout l’inverse.

Take This Waltz, c’est l’histoire de Margot (Michelle Williams) qui croise le chemin de Daniel (Luke Kirby). Pas de drague, ni de jeu de séduction, très peu de mots échangés lors de cette rencontre. Margot la conclut pourtant en confiant qu’elle est mariée – à Lou (Seth Rogen) – et la réponse de Daniel prouve qu’il a aussi conscience que quelque chose se passe entre eux, le magnétisme opère. Pour qu’un film soit original, il faut une idée jamais vue sera la deuxième idée reçue malmenée. Si l’adultère, ou une triangulaire amoureuse, a déjà été maintes fois traité, Take This Waltz n’est pas un film de plus : il réussit à ne faire penser à aucun autre.

Une actrice qui passe derrière la caméra n’est pas une vraie réalisatrice, une actrice qui a commencé dans une série TV n’est pas une vraie actrice, un film qui.. Stop ! ma pelle s’il vous plaît ! « Je veux savoir en quoi cette histoire d’adultère est originale ! » Oh punaise, mon Frédouille, j’ai failli te confondre avec une idée reçue, tu r’viens de loin ! J’y arrive, petit impatient : durant tout le film, on suit Margot dans ses doutes, ses craintes, mais pas uniquement dans sa relation avec ces deux hommes, dans sa vie de tous les jours, ce qu’elle ne s’autorise pas, ce qu’elle s’oblige à contrôler, son rapport avec le lâcher-prise, les désirs clairement et pleinement ressentis qu’elle a tant de mal à verbaliser. On la découvre aussi dans ses loisirs, dans ses discussions entre filles, ses rapports avec sa nièce, ses amies, sa belle-sœur. Ce qui pourrait paraître au premier abord comme des coupures, des scène anodines n’en sont pas : la finesse des dialogues permet d’assurer une fluidité ininterrompue. Et ce n’est pas non plus un film où ils ne font que parler : les scènes sans dialogue sont toutes aussi nombreuses, et en disent aussi long, par le jeu des acteurs tout en subtilité, sans jamais tomber dans la facilité des excès des sentiments contradictoires. Le choix judicieux des musiques, dont celle mon Léonard Cohen et son Talk This Waltz (Entre dans la valse) est impeccable.

TTW cinématraque 1

Quant à certaines scènes, j’avoue avoir été surprise de voir les corps dans leur quotidien : l’habitude des cadrages puritains fait oublier qu’on peut filmer autrement, sans vulgarité, sans que le spectateur soit en position de voyeur pour autant. Et ce que j’aime le plus, c’est la prise à rebours constante. L’alcool désinhibiteur devient le centre étonnant d’une scène qui ne correspond à rien que vous ne puissiez imaginer, et qui vous entraîne au paroxysme de la sensualité par un érotisme tout féminin (et pas que). Le baiser le plus tendre est tout aussi atypique et incongru. Ils ne sont jamais aussi honnêtes, en phase, adultes dans leurs choix qu’en référence aux codes de l’enfance. Et tous ces contre-pieds ne rendent pas le film burlesque, tout sonne vrai. Ce que vit chacun des personnages, eux trois, mais aussi la belle-sœur interprétée par Sarah Silverman, n’est pas des plus reposant : ils sont déstabilisés, bouleversés et c’est pourtant la légèreté qui émane de ce film. Leurs vulnérabilités s’expriment sans pathos. Le jeu de lumières et de couleurs dans lequel baigne Montréal et les décors en général interdisent toute gravité plombante. Peu importe ce qu’on a vécu ou subi dans sa propre vie, on a de l’empathie pour chacun d’eux.

Je le redis : Talk This Waltz est un petit bijou, un film délicat, qui vous touche dès le premier visionnage, auquel on pense et repense en souriant, qui s’installe dans nos pensées et nous fait dire « je voudrais bien vivre ça » malgré tout. C’est la mélancolie d’une chanson d’Alain Souchon dans un film de presque 2h. L’avantage de posséder le DVD, en plus des bonus filmés pendant le tournage, c’est qu’au deuxième visionnage (au premier, vous ne pourrez pas), vous pouvez de suite le relancer, et peut-être voir un détail de montage qui peut modifier votre ressenti.

Take This Waltz (2011), de Sarah Polley, avec Michelle William, Seth Rogen, Luke Kirby, Sarah Silverman, Canada, 1h56

DVD TF1 VIDEO, disponible à la vente. Prix de vente indicatif : 20 euros.

Personne connue pour être associée au pole dance, aux mojitos, aux banoffees, aux films hongrois sous-titrés en tchèque, mais pas que, du moins elle l’espère.
Reconnait des plans de films qu’elle n’a pas vus. Même elle ne comprend pas cette compétence, mais ça lui permet de prendre la main qu’elle laisse aussitôt parmi ce groupe d’amis qui ne se connaissent pas. Ça lui suffit pour sourire.

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