Shield of Straw (Wara No Tate), de Takashi Miike – Compétition Officielle

Nos notes

Takashi Miike est un habitué du Festival de Cannes, dont il est le vilain petit canard, pourtant chéri par Thierry Frémaux. Qu’ils soient sélectionnés en compétition officielle ou en hors compétition, ses films sont soit reçus froidement, soit détestés. L’accueil reçu par Wara No Tate confirme que Takashi Miike n’est pas le bienvenu dans le temple du cinéma.  Si Ai To Makoto a été hué l’année dernière par le public, si les fauteuils ont claqué, c’est qu’il s’agissait d’une œuvre totalement sous l’emprise perverse de son réalisateur. Si Wara No Tate a été hué cette année, c’est qu’il s’agit à première vue d’une mauvaise copie de blockbuster hollywoodien, vaguement inspiré de Speed et Seven. Dans les deux cas, Miike est l’homme à abattre, et c’est justement le sujet de Wara No Tate. Sans être un chef-d’œuvre, le film révèle la vision qu’à Miike de lui-même, ainsi que son rapport aux spectateurs.

Wara No Tate débute par un plan d’un homme pointant son arme sur la caméra : autrement dit sur  le spectateur. Celui-ci est directement visé par le film, l’histoire, les personnages. Le récit est assez simple, certains diront complètement con, rempli invraisemblances : un prétexte pour évoquer le statut de Miike aujourd’hui et la réception de ses films. Après la découverte du corps de la petite fille du plus gros industriel du Japon, ce dernier offre une récompense d’un milliard de Yen à celui qui abattra le pervers qui a violé et tué la gamine. Évidemment, l’appât du gain va en attirer plus d’un. Sous couvert d’un produit formaté et insipide, ni fait ni à faire, Takashi Miike s’arrange pourtant pour placer tous les stigmates de son univers visuel (dépotoirs, pervers et laissés-pour-compte) ou sonore (les bastons sont bruitées comme dans un manga) et ne se départit pas de son attitude un peu crâneuse et faussement dilettante : on s’en tape des invraisemblances, semble-t-il nous dire, oui l’histoire m’intéresse moyen. Quand un producteur est assez fou pour lui donner une montagne d’argent, il n’en fait qu’à sa tête. Un peu comme le pédophile de son histoire, protégé par un flic qui défend plus une idée de la police et de la loi que le criminel qu’il hait. Si on voit ce policier comme un symbole du producteur, le film peut alors se lire comme un plaidoyer pour tous les cinémas : sa présence en compétition se comprend donc comme légitime. Alors que le plan du début était une agression du spectateur, le film se termine par un gros plan du pervers qui, après la sentence de sa condamnation à mort ne regrette qu’une chose, ne pas avoir tué plus. Beaucoup ont vu dans Wara No Tate un film soutenant la peine de mort, là où il faut voir une déclaration du réalisateur : « vous me détestez ? Et bien sachez que vous n’avez pas fini ». Loin d’être un grand film, il reste un geste filmique dans lequel Miike imprime son talent de petit merdeux. Pour les plus chanceux, sachez qu’un autre de ses films est présent sur la croisette au marché du film. Pour les autres, rendez-vous l’année prochaine car Frémaux n’a sans doute pas l’intention de lâcher son vilain protégé, et c’est une bonne nouvelle.

Shield of Straw (Wara No Tate), de Takashi Miike, avec Tatsuya Fujiwara, Nanako Matsushima, Takao Osawa, Japon, 2h05.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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