Un Voyageur, de Marcel Ophüls – Quinzaine des Réalisateurs

Du haut de ses 86 ans, Marcel Ophüls, fils du grand Max, hésite encore à nommer son père, tiraillé entre « papa » et « le Ophüls ». Vendredi soir, sur la scène de la Quinzaine des Réalisateurs, ce grand homme avait tout du papi confiant les secrets du passé à l’oreille du petit-fils. Son dernier film – « un documentaire de plus », dira-t-il – lui sert de support à l’écriture de ses mémoires. La solitude que requiert l’écriture l’effrayant, Marcel Ophüls choisit le cinéma pour s’entourer d’une équipe, d’un collectif capable de l’accompagner dans ses souvenirs.

On pouvait certes espérer davantage d’un point de vue filmique, la mise en scène étant ici des plus basiques : voix off et confessions face caméra ne réinventent rien du genre et viennent banaliser Marcel Ophüls, le transformant en personnage qui peine à changer de visage dans la durée. Mais loin de lasser, ce procédé fait rejaillir l’insolence et la sincérité du cinéaste. À tel point qu’on oublie de saisir les traits inattendus du cinéaste, certainement bien cachés.

La monotonie pointe, mais Un Voyageur réussit à ne pas décevoir, tant son propos, notamment au sein d’un festival comme Cannes, fascine son public. Curieux de la moindre anecdote, soucieux de connaître la petite phrase qui fit la légende, le secret de tournage qui fit scandale… nous sommes irrésistiblement à l’écoute. Plus qu’une nouvelle proposition documentaire, c’est une malle au trésor que nous partageons. La banalité esthétique s’efface au profit d’un pur émerveillement cinéphile. Commentant le film d’une voix théâtrale, fascinante de naturel, Marcel Ophüls se fait tour à tour le conteur de l’histoire du grand Max Ophüls, de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, du passage de la guerre et des rencontres qui ont construit sa propre existence.

En nous faisant pénétrer dans cette intimité, le film fait se rencontrer la petite histoire et la grande, l’une s’imbriquant dans l’autre. C’est la force même du film, illustrée par une multitude de retours en arrière, extraits de Lubitsch, Wilder, Preminger, Minnelli, Sandrich… Ces images de tous les registres (burlesque, comédie musicale, drame) assurent une charge émotive allant bien au delà du microcosme cannois, célébrant un cinéma vivant dans l’imaginaire collectif.

Un Voyageur, de Marcel Ophüls, avec Marcel Ophüls, Woody Allen, Stanley Kubrick, France, 1h46.

Je vote Jacques Tati président de la République.

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