La Bataille de Solferino, de Justine Triet

Nos notes

Dans le numéro 688 des Cahiers du Cinéma, l’historique revue tentait de dresser un panorama d’une prétendue relève au sein du cinéma français. Dans ce patchwork hétéroclite, il y avait de tout, de Djinn Carrenard et Guillaume Brac à Virgile Vernier en passant par Justine Triet. Il faut y voir, bien évidemment, un geste critique et un pari sur le futur. Si Delorme semblait reprendre à son compte le superbe monologue de Jean-Pierre Léaud dans Naissance de l’Amour de Philippe Garrel (popularisé par le groupe marseillais Troublemakers), c’est qu’au final les Cahiers ont les moyens d’imposer cette relève. Ainsi, il n’est guère étonnant de retrouver sur la Croisette nombre de ces réalisateurs. Le problème est que l’on peine, pour l’instant, à se joindre à leur enthousiasme.

Ce n’est en tout cas pas avec La Bataille de Solférino que l’on sera convaincu par cet hypothétique bouleversement du cinéma français. Il y a bien sûr une double évidence, celle du choix d’un acteur devenu incontournable, l’excellent Vincent Macaigne, et cette volonté, partagée au moins avec Virgil Vernier, de bousculer le cinéma par la présence du réel. Chez Justine Triet, le réel, c’est la guerre, la violence des rapports humains, les corps qui se bousculent – là où Vernier trouve un spectaculaire dont le cinéma seul n’arrivera jamais à rendre compte. C’est en tout cas une idée assez belle, qui aurait pu séduire si elle n’était pas, chez Triet, revendiquée un peu crânement comme une donnée nouvelle. Sûre de son indéniable talent, Triet multiplie les scènes dans lesquelles son idée est martelée, étirée en longueur, jusqu’à lasser. Parce qu’en fin de compte, La Bataille de Solférino ne nous mènera pas à la révolution. Si l’on pense à La guerre est déclarée, la réalisatrice poursuit surtout le chemin tracé par Maurice Pialat, plus qu’elle ne le dépasse, ou ne lui ouvre de nouvelles voies. Si le geste rappelle Pialat, la mise en scène, elle, s’éloigne de l’exigence du cadrage pour renouer avec les mauvaises habitudes du cinéma de télévision. Faut-il ainsi voir, dans le rôle de Laetitia Dosch, un aveu ? Toujours est-il qu’il est symptomatique qu’il provienne de la télévision, du monde de l’information-spectacle. Justine Triet a-t-elle ainsi voulu signifier l’importance de la télévision et le pouvoir méprisant qu’elle exerce aujourd’hui sur le cinéma ? Toujours est-il qu’à la faveur d’une engueulade, la présentatrice s’affirme comme étant à l’origine des bouleversements, du changement à venir.

L’élection de François Hollande, qui ponctue la fin du film, n’a finalement apporté que peu de changement, tout comme La Bataille de Solférino qui, sans être inintéressant, reste bien trop sage pour qu’on voie en Triet le symbole d’un chamboulement du cinéma français. Garrel faisait dire à Léaud qu’il y aurait toujours des bouleversements, car il y aura toujours des fous et des cons pour les suivre, et des sages pour ne rien faire. La cruelle réalité du cinéma français, c’est qu’il n’y manque ni de sages, ni de cons, mais qu’à l’évidence, il pèche par son manque de folie.

La Bataille de Solférino, de Justine Triet, avec Laetitia Dosch, Vincent Macaigne, Arthur Harari, France, 1h34.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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