Tip Top, de Serge Bozon – Quinzaine des réalisateurs

Avec Tip Top, Serge Bozon, dont on avait déjà beaucoup apprécié La France, prouve une nouvelle fois son talent d’entourloupeur. Son film, une comédie policière dont on ne comprend pas tous les tenants et aboutissants, n’a de cesse d’envoyer le spectateur sur des fausses pistes, s’amusant avec lui, pourvu que celui-ci joue le jeu, ou du moins en accepte les règles.

Ainsi, à Cannes, il y eut les applaudissements, mais également de nombreux départs prématurés dans la grande salle de la Quinzaine, pleine comme jamais, les noms de François Damiens, Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain étant plutôt vendeurs au générique. Pourtant, si les acteurs sont des têtes connues, le film, lui, n’a de cesse de prendre des autoroutes à contresens. Désappointer, c’est là le souhait de Bozon, ne rien pré-mâcher, et surtout faire rire. Dans Tip Top, ce que le réalisateur expérimente, ce sont tous les types d’humour, chacun représenté par un acteur du film : de Damiens émane ainsi un humour gênant et vachard, « façon belge », d’Huppert un comique d’exagération façon Benigni, tandis que sur Kiberlain souffle le vent charmant des belles comédies salvadoriennes. Dans ce syncrétisme impossible, Bozon tente de faire vivoter des personnages, en leur créant une intrigue évoluant au gré des pérégrinations de chacun. Dans un génial pied de nez final, il se paie le luxe de la réduire à ce qu’elle est : une banale histoire policière.

Ce qu’on nous raconte dans Tip Top, c’est l’importance, pour le cinéma, de ne pas trop se prendre au sérieux. Bozon montre, devant sa caméra de grand malade, et aidé à la plume par la critique Axelle Roppert, son incapacité à brider ses personnages, ses acteurs et ses digressions. Son incapacité à finir un film, et par extension celle que l’on a tous à aller au bout des choses, à mettre des points finaux. Quand la passion prend le pas sur la raison, et que les personnages dépassent la fiction. C’est la politique inverse de celle de Farhadi qui, dans Le Passé, instrumentalise ses personnages pour en faire des joujoux subissant les pérégrinations de son scénario. Le procédé de Bozon, s’il n’est pas dans l’idée meilleur ou moins bon que celui de l’Iranien, a le mérite d’être plus rare, plus culotté.

Devant la caméra, François Damiens s’en donne à cœur joie, parfait dans son rôle de policier bourru, tandis que le duo Huppert – Kiberlain, la première dans un rôle de stricte chieuse à tendances sadomasochistes, et la seconde timide et voyeuse sur les bords, constitue la trame du film. C’est dans leur mimétisme que l’on trouve le seul fil rouge auquel s’accrocher durant Tip Top – légitimant d’ailleurs la fin du film, qui rendit perplexes certains festivaliers -, le personnage incarné par Kiberlain n’ayant de cesse d’essayer de ressembler le plus possible à son idolâtrée comparse.

Tip Top est une claque, une jolie clique d’acteurs dans un film qui fait bim, bam et boom. Dans Tip Top, tout est une question de rythme, Bozon opère un bienvenu retour aux fondamentaux de la comédie, les entrechoquant pour le plus grand bonheur de qui acceptera de se laisser prendre au jeu.

Tip Top, Serge Bozon, avec Isabelle Huppert, Sandrine Kiberlain, François Damiens, France, 1h46.

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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