Modus Anomali : Le réveil de la proie

Un homme, enterré vivant dans une forêt, réussit à s’extirper du trou dans lequel il a été enseveli. Il n’a aucun souvenir de ce qu’il s’est passé. Hagard, il erre au hasard dans la végétation dense, et finit par arriver à une maison. Là, il découvre qu’une femme a été sauvagement assassinée. Sa femme. Ses deux enfants, eux, ont réussi à échapper à l’assassin. L’homme part à leur recherche dans les bois. Le tueur, lui, rôde encore…

Un jeu du chat et de la souris

Modus Anomali : Le réveil de la proie commence comme un survival classique, qui n’a pas peur de verser dans la langueur. On plonge brutalement dans l’histoire, aussi brusquement que le héros sort de terre. On ne sait rien de lui, et lui n’a aucune mémoire de qui il est. On reconstitue donc le fil des événements au fur et à mesure que le héros retrouve son identité et découvre qu’un tueur s’en est pris à sa compagne enceinte. Son objectif, dès lors, est de sortir vivant de ces bois, après avoir retrouvé son fils et sa fille. Mais le psychopathe est toujours là et ne va pas lui faciliter la tâche. Le jeu du chat et de la souris qui s’ensuit est des plus banals. L’action traînasse et l’on redoute fort que cela continue ainsi jusqu’au générique de fin. Et puis, l’intrigue vire brièvement au jeu de piste, avec ses différentes étapes, ses consignes et sa récompense (apprendre “la vérité”). La machine s’emballe alors et prend une toute autre direction, que l’on se gardera d’évoquer ici.

Sortie de piste

Le dernier tiers est donc aussi surprenant que les deux premiers étaient convenus. Joko Anwar s’amuse à prendre le spectateur de court et a le bon goût de ne pas surligner ses effets au Stabilo. Le ronron était tellement installé qu’il faut un peu de temps pour comprendre que le film sort de la piste qu’il semblait avoir tracée. Le parti-pris est plutôt couillu, et ne fera pas que des ravis. Une nouvelle preuve que les réalisateurs de films de genre indonésiens ne recherchent pas le consensus mou. Il n’y a qu’à voir le segment L Is For Libido, mis en scène par Timo Tjahjanto, le compatriote de Joko Anwar, dans l’anthologie The ABCs of Death – encore inédite en France – afin de s’en convaincre. Sorte d’hybridation entre Eyes Wide ShutSalo ou les 120 jours de Sodome et le torture-porn, ce court a fait grincer quelques dents, lors de sa présentation au dernier Paris International Fantastic Film Festival (PIFFF) cet automne.
Modus Anomali, lui, a été tourné en huit jours, “entre amis”. Et cela ne se voit pas forcément à l’écran – seul un trucage cheap transformant le personnage principal en robinet à vomi sent le bâclage.  Il mérite en tout cas le coup d’œil et vaut bien mieux que d’être considéré uniquement comme un film de « petit malin » conscient de ses petits effets.

Modus Anomali : Le réveil de la proie, Joko Anwar, avec Rio Dewanto, Indonésie, 1h27.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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