Stoker, la tentation baroque

Quiconque a vu Old Boy a été ébloui pour cent mille ans. Tout fut pardonné à Park Chan-wook, Je suis un cyborg et Thirst, ceci est mon sang ayant valeur, par la suite, de suicide artistique. Guéri de ses maux d’auteur, le génie coréen revit avec cette variation de southern gothic, à la fois remake inversé de L’ombre d’un doute d’Alfred Hitchcock et film de terreur envoûtant.

À la mort de son père dans un étrange accident de voiture, India, une adolescente, assiste au retour de son oncle, un homme mystérieux dont elle ignorait l’existence, et qui s’installe avec elle et sa mère. Quelques plans suffisent à instiller une angoisse diffuse. Le début est admirable, dépliant et ramassant en quelques scènes les strates d’un présent discontinu. Park Chan-wook épure et stylise le plan, évitant la griffe, la dépose d’une marque. C’est que le cinéaste est parvenu à vider l’image de ses afféteries. Ici, la mise en scène active les pactes de lecture, livre des fausses pistes, sans se départir d’une ironie bien souvent chevillée aux scènes. De la même manière, Stoker cultive un maniérisme distancié qui puise dans L’ombre d’un doute, sans que la reprise des motifs (la perte de l’innocence, la présence menaçante de l’oncle) ne verse dans la citation, la parodie.

Le vide esthétique des précédents films a laissé place à une inventivité affolante – l’oncle Charlie est une résurgence de Mitchum dans La Nuit du chasseur taillée dans le monolithe. Or, ce ne sont plus les êtres qui clignotent, tels les pantins malades de Thirst, mais les décors qui les enserrent. Les objets trouvent d’autres fonctions, transitant d’un personnage à un autre. Le cinéaste traite les personnages comme les lieux, il les investit, les charge de symboles puis les dépouille de l’intérieur. Le temps se rétracte, la nuit chasse le jour. Le meilleur de Stoker tient dans cette stase gothique, permanence de la maison que l’on découvre au gré des scènes, des cadres dans le cadre, une économie du récit qui en décuple la noirceur plastique. En résulte des personnages dépossédés, décharnés, et un film de fantômes d’une beauté inédite.

Stoker, Park Chan-wook, avec Mia Wasikowska, Matthew Goode, Dermot Mulroney, Jacki Weaver, Nicole Kidman, Etats-Unis / Grande-Bretagne, 1h40.

7 thoughts on “Stoker, la tentation baroque

  1. J’aime bien ta réponse Eve et le système des mots-clefs, mais concernant la note globale, les étoiles… rien n’est de moi, en fait.

    1. Les étoiles en bas répondent de critères que le rédacteur choisit lui-même pour constituer la note finale qu’il donne au film qu’il critique…
      Par exemple, ici l’auteur note le film par comparaison à des films de référence qui renvoient à un aspect de STOKER.

  2. Bon! j’en reviens, entre ce que je n’ai pas compris et ce qui m’a un peu gavée, j’ai pas follement accroché… Trop froid, trop creux pour me faire marcher. Je trouve les personnages paradoxalement inconsistants, alors qu’ils sont censés incarner les pires des passions… où alors j’ai vraiment rien capté!

    1. Orléans ça ne tourne pas chez moi #strasbourg (ça tourne dans DEUX cinémas sur toute la France, jdçjdr) … et moi, je suis de ceux qui ont vu Jurassic Park à sa sortie, il y a 20 ans! on croyait rêver le cinéma, je ne peux me gâcher ces images propres à ma jeunesse en les revoyant maintenant ^^

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