Orléans : deux ou trois choses que je sais d’elle

Nos notes

Oubliez les commémorations nauséabondes du Front National, Place de la Victoire, devant la statue recouverte de feuilles d’or. Allons à la gare Montparnasse et prenons le train pour Orléans, à l’occasion des festivités de la Fête de Jeanne d’Arc. Tradition remontant à plus de six cents ans et à l’occasion de laquelle, chaque année, une femme est choisie pour jouer l’entrée de Jeanne d’Arc à Orléans, au milieu d’une fête médiévale, entre un défilé de l’armée, une messe à la cathédrale et des concerts de musique actuelle : un mélange entre le moderne et l’ancien, sur le mode de la cohabitation, plutôt que sur celui de la confrontation.

Dans ce cadre documentaire, Virgil Vernier installe un récit autour de deux strip-teaseuses, armées de leur poteau de pole dance – comme le fut Jeanne d’Arc de son épée – plongées dans les festivités et les commémorations. Orléans s’attache au destin de femmes populaires, sans un sou, sans armure, mais cherchant la leur. L’arme, elles l’ont déjà, c’est la danse, et peu importe laquelle. Vernier les filme dans leur intimité, capte leurs échanges sur leur lieu de travail, là où la société a bien voulu les laisser.

Le film ne dépasse pas l’heure ; adieu 4/3, cinémascope et 16/9, au profit d’un format carré. Un cadre égalitaire et restreint, où le panorama ne peut exister, plaçant Joane et Sylvia au centre d’un sujet – les festivités – demeurant hors cadre ou peu visible. Le regard cherche ce moment fort et  atypique d’une France ne reniant pas son passé, son lien avec son histoire, loin de la caricature nationaliste. Une empreinte sensible à travers le regard porté par deux jeunes filles sur une Jeanne contemporaine, appartenant à la mythologie des femmes, et qu’elles rencontrent dans la forêt avoisinante d’Orléans, assise sur un tronc d’arbre, en armure, près de son cheval. Recluse et pensive dans ce décor, digne des plus belles représentations du romantisme du XIXe, dans un environnement appelant à une force du passé. En guise de ruine médiévale, un hangar aux abords de la forêt, où Jeanne, dans son armure, marche aux côtés des danseuses : Sylvia tenant l’épée, et Joane montant le cheval. Telle est la Jeanne de Vernier – devant un hangar assorti de graph’, sa ruine moderne – tenant les rênes du cheval gris, fatigué de porter, chaque année, la Miss Orléans, mais les guidant néanmoins dans la ville.

Jeanne d’Arc est sans doute l’une des figures les plus représentées au cinéma. Dreyer, Rossellini, Bresson ou Rivette s’y sont attaqué dans un cadre historique ; Vernier, quant à lui, noue un dialogue avec Jean-Luc Godard et le magnifique Vivre Sa Vie. Joane est venue de sa province, rêvant de danse, de travail et d’autonomie – elle sera touchée par la grâce. Laquelle ? On l’ignore à vrai dire. C’est l’intimité de Joane, et c’est tout ce qui lui reste.

Orléans, Virgil Vernier, avec Andréa Brusque, Julia Auchynnikava, Hélène Chevallier, France, 58mn.

Verdict ?

Cinéaste, il travaille activement sur la question de la mémoire ouvrière. Depuis 2004, il a réalisé un court-métrage de fiction, Fermeture, dans lequel il interroge le devenir des ouvriers. Petit-fils d’ouvriers, il est revenu à Billancourt pour parler de l’usine Renault dans une série de documentaires. Il a réalisé de nombreux clips musicaux, des films d’essai sur l’urbanisme, des reportages web…

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