Upside Down, l’envers du décor

Upside Down conte une histoire d’amour classique – deux jeunes gens voient leur relation contrariée par une série d’obstacles a priori infranchissables – et à la fois peu commune : les amoureux vivent dans deux mondes jumeaux à la gravité opposée. Le film est un objet un peu hybride, entre blockbuster high-tech grand public et anticipation rétro-futuriste à la Brazil, visuellement très riche, mais dont le potentiel imaginaire retombe comme un soufflé, absence de scénario oblige.

Pourtant, Juan Solanas, photographe de formation, a su créer un univers à la fois personnel et riche en références picturales, entre romantisme inspiré des peintures de Friedrich, réalisme organique tendance cyberpunk et imagerie clinquante d’influence baroque. Techniquement, les effets visuels sont très soignés. Et d’ailleurs, le pitch est plutôt prometteur : les jolis minois de Kirsten Dunst et de Jim Sturgess, amants éconduits par leur gravité contraire sur fond de lutte des classes, ça donne envie.

Mais dans le genre « histoire d’amour impossible », n’est pas Baz Luhrmann qui veut : l’histoire tourne vite à la bluette kitsch enrobée de musique doucereuse à plein tube. Et en matière d’anticipation, la métaphore sur les rapports Nord-Sud est un peu naïve. Le vrai problème vient surtout de la pauvreté du scénario, comme si Juan Solanas avait voulu plaquer une histoire sur sa vision. Résultat : la trame narrative est d’une grande faiblesse et les personnages manquent d’épaisseur. Quant à la fin, elle est carrément bâclée et conclue par une pirouette douteuse.

Certains pourront toutefois se laisser porter par l’enthousiasme débordant d’un réalisateur passionné, voire s’amuser des quelques scènes de paradoxes gravitationnels (l’urine qui coule vers le plafond). Les autres regretteront la vacuité du récit, et la terrible chasteté du film. On aurait bien aimé une petite scène d’amour en apesanteur à la Holy Motors mais non, le film reste désespérément prude.

Upside Down, Juan Solanas, avec Jim Sturgess, Kirsten Dunst, Thimothy Spall, Canada / France, 1h45.

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

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