Les Gamins : je vous saurais gré de bouder votre plaisir

Tu peux bien le prendre, dans le bon sens, avec le sourire aux lèvres au sortir de la salle, le sentiment d’un salutaire vent d’air frais dans la comédie française. Tu peux le prendre comme ça, Les Gamins. Alors tu écriras dans ta critique ne pas avoir autant ri devant une comédie française depuis un bail, et tu termineras argument de vente sur l’affiche du film.

Parce que le film d’Anthony Marciano est gentil, de ceux qui plaisent et plairont à tout le monde. Taquin tour à tour avec un peu tout le monde comme ton tonton gentil mais avec qui ça-va-deux-minutes. Drôle, très drôle aussi : tu peux prendre la future « comédie de l’année » comme ça.

L’humour fait penser à celui des rares bonnes comédies françaises des dernières années (Intouchables, Tout ce qui Brille), tout est là pour que tu passes un bon moment, et que 5 000 000 de personnes fassent comme toi. Tu vas écrire un truc gentil, c’est sûr. Tu peux le prendre comme ça, Les Gamins, et te conforter dans ta vie pépère de type qui aime ce que tout le monde aime, jamais snob, toujours correct, jamais ne pétant plus haut que son cul.

Ou alors tu es maqué avec une snobinarde.

« TU NE PEUX PAS ÉCRIRE CA ! »

Mais elle a raison, après tout, c’est pas possible. C’est du consensus style Marc Lévy. Le cinéma, comme un art à consommer, et à oublier illico. Le cinéma, comme un art qui devrait plaire à tout le monde. Eh ben non, le 5 mai, je serai dans la rue pour la 6e République, et j’irai ensuite voir une comédie islandaise bien plus lente, mais de laquelle je ressortirai grandi, des images et des blagues malines et jamais vues plein la tête.

Les Gamins, c’est le McDo du cinéma : roboratif mais assez dégueu quand même. Je veux du trois étoiles, je respecte trop le cinéma et l’humour, je respecte trop le pain et la viande, je respecte trop le papier et le stylo.

Je ne peux pas me cantonner à me ranger à l’avis général.

D’aucuns sortiront les grands mots, le « snobisme » et tous les autres qualificatifs inventés par les imbéciles heureux pour le rester. D’aucuns s’offusqueront, comme lorsque Gaël dit du mal de L’Écume des jours – qui pourtant est un grand film, mais là n’est pas la question.

Ici, c’est Cinématraque.

Anthony Marciano, ex-directeur général de chez Sony (humm) a des thunes et le sens de la formule, du rythme. Par contre, niveau souci de l’image, du cinéma, niveau envie de donner une quelconque profondeur à son film, c’est vrai qu’il avait piscine au moment du brief. Parce que tout ça ne va pas chercher bien loin. On rit comme aux blagues de ton tonton gentil, mais quand il s’agit de les raconter ensuite, c’est assez vite moins fun, et puis ça s’évapore, rapidement, naturellement…

Chabat joue Chabat, Boublil ne convainc jamais réellement – sauf en chanson, dans le film – et l’humour, réchauffé au possible, a pas mal à envier à plein de trucs en dehors des frontières françaises.

Les Gamins, c’est le pendant frenchie de This is 40. Et force est de constater que Marciano, aussi plein de bonnes intentions soit-il, n’est pas Judd Apatow. Les intentions de son film se cantonnent désespérément au bodybuilding zygomatique. Finis les questionnements plus profonds qu’ils n’y paraissent sur la peur de vieillir, les scènes qui « l’air de rien » dispensent de profondes idées. Ici, jamais de « l’air de rien ». Ici, c’est sitcom à la française. Niveau How I Met Your Mother, les joutes verbales anglophones en moins.

Le principal atout du film, donc, c’est sa nationalité. Les Gamins fera 5 millions d’entrées parce qu’il détonne avec le reste des productions comiques françaises. C’est assez drôle, ça ne s’apparente pas à un plateau d’invités des Enfants de la Télé, et c’est surtout plus rythmé que calculé.

Concluons assez pessimistement, voulez-vous… Ne nous réjouissons pas du succès à venir des Gamins, prenons-le comme l’attestation de la pauvreté du cinéma comique hexagonal. Soyons rabat-joie.

Et le salut, de qui viendra-t-il ? Le salut français, le sursaut d’orgueil ? Le Judd Apatow hexagonal, le Woody Allen tricolore, le Ricky Gervais parisien, qui sera-ce ? En ces temps de crises économique et d’humour cinématographique, il se fait attendre.

Les Gamins, d’Anthony Marciano, avec Max Boublil et Alain Chabat, France, 1h35. Sortie le 17 avril 2013.

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

6 Comments

  • […] finir ensemble) semblait éculé ? Après la bonne surprise qu’avait été « Les Gamins« , Boublil allait-il de nouveau faire le taf […]

  • […] de la réalisation, et le côté ultra attendu de la fin, mais pourquoi bouder son plaisir ? Un film drôle, bien écrit et bien interprété, c’est déjà assez […]

  • Répondre avril 22, 2013

    Akkénathon

    En gros ça t’a fait marrer mais ton idéologie est contre ? Ca peut arriver mais il faut mieux justifier derrière non ? « Chabat joue Chabat » c’est un peu facile :p D’ailleurs tu perds de ta fluidité habituelle sur la fin de l’article ; il est si dur à descendre que ça, ce film ?même avec boulbil qui est pourtant l’artiste français qui – à l’abri des regards indiscrets – ne fait rire personne ? Moi qui m’attendait à de l’authentique cinématraquage 🙁 Tu peux pas la refaire ?

    • Répondre avril 22, 2013

      DZIBZ

      Oui, j’avoue en relisant ne pas être super droit dans mes baskets vis-à-vis de cet article. Vous n’avez en ce sens pas tort.

      Néanmoins, ce que je voulais faire passer comme idée ressort tout de même de l’article, à mon sens : le cinéma comique français médiocre plaît car il est moins pire que le reste…

      Promis, je matraquerai plus fort sur le prochain de Boulbil !

  • Répondre avril 15, 2013

    benjamin

    Etant moi-même maqué avec une snob, je compatis, et n’irai pas voir le film qui de toute façon ne me fera pas rire (damned, serai-je snob moi aussi?)

    • Répondre avril 18, 2013

      allende

      Et oui Benj, tu es snob. faudra que tu t’y fasse.

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