Jappeloup, gros sabots

Il y a quelques mois sortait dans les salles Turf, de Fabien Onteniente. Je l’avais déjà chroniqué pour Cinématraque, et même si j’admettais pour l’occasion que ça n’était pas le film du siècle, je pointais néanmoins dans ce « film de beaufs » une qualité importante : celle de la bonne intention.

Car c’est du côté des bouseux que se plaçait Onteniente. Mettons-nous bien d’accord, il y a évidemment une grosse différence entre les mondes des courses de trotteurs et des concours d’obstacles, mais celle-ci revêt une importance majeure dans l’intention. Parce que les courses de trotteurs sont l’alliance de petits pour faire de grandes choses : des propriétaires, des entraîneurs, des jockeys, tous pas mal dans la boue.

Le monde des concours d’obstacles, c’est celui du luxe, des jockeys qui viennent juste se poser sur leur cheval en polo Lacoste, cheval qui aura bien fait caca auparavant dans les mains de son lad, qui est payé pour ça. Je schématise. A peine.

Il y a donc un monde entre ces deux univers, et lorsque Onteniente a pour objectif de filmer de mignons personnages sans trop de talent, il ne tombe pas dans l’écueil premier de Jappeloup.

Car à trop bâcler ses cadres – insupportables grues omniprésentes et mouvements de caméra hyper calculés ne laissant aucune place au hors-champ, et donc aucune liberté à Jappeloup -, Christian Duguay en oublie ses personnages. Canet n’est jamais Pierre Durand, restant « Guillaume Canet qui monte quand même vachement bien à cheval », tandis que Daniel Auteuil, Marina Hands et Lou de Laâge ne sont que prétextes à tirer les larmes à fréquence régulière.

Pourtant, l’histoire de Jappeloup, véritable légende de cheval, aurait pu donner lieu à de très belles choses. Et l’amour que les scénaristes ont pour cette histoire ne peut d’ailleurs souffrir d’aucune contestation. Pointilleux, exigeants, il le sont, à tel point qu’ils ne parviennent pas à parsemer le film d’ellipses salutaires. Résultat, on « cut » beaucoup, on n’a pas le temps pour les plans fixes, ni d’ailleurs pour admirer Jappeloup, on est ballottés et jamais on ne parvient à s’accrocher à quoi que ce soit.

Lorsque Spielberg filme Lincoln, il a l’audace de se focaliser sur une période restreinte, ne remettant en rien en cause le restant de la vie du politicien, il eut certainement été pareillement judicieux ici que Duguay se concentre sur un événement en particulier. Le film peut se prendre un peu n’importe quand sans altérer les sensations éprouvées çà et là. La question se pose : à partir de quand la vie d’un grand homme devient-elle intéressante ?

L’exhaustivité maladive dont font preuve les scénaristes lasse.

A l’instar de ce que Lou de Laâge reproche à Guillaume Canet à la mi-film, lorsque celui-ci ne se préoccupe de Jappeloup que quand il s’agit de monter sur lui, nous pourrions reprocher à Christian Duguay de ne s’intéresser à ses personnages que dans les moments clés, les moments de sport. Et les frissons, comme par enchantement d’arriver.

Saupoudrer ces beaux moments de scènes plus rustiques, plus posées, d’une lichette de crottin de cheval eût donné un peu de caractère au tout.

Parce que même Jappeloup fait caca.

Jappeloup, de Christian Duguay, avec Guillaume Canet, Daniel Auteuil, Marina Hands, Lou de Laâge, France, 2h10. – Aujourd’hui en salles

33 thoughts on “Jappeloup, gros sabots

  1. bonjour
    en CSO : Jockey = Cavalier. Lad = Groom. L’histoire de Pierre Durand et de la cloche = Pierre durand était considéré comme un cavalier amateur et non un pro, c’est d’ailleurs ce qu’il était : un très bon amateur qui a su se hisser au très haut niveau. Mais l’accent sur ce détail de la cloche dans le film est là pour le rappeler. Il a commis des erreurs que des pros ne feraient pas. La chute à los angeles démontre aussi un manque d’expérience. de plus jappeloup était un peu jeune pour ce niveau. Mais c’est tout ça qui fait que cette histoire ne ressemble pas aux autres.
    j’ai aimé ce film, mais je l’ai trouvé un peu long parfois. J’ai pensé aussi que les gens n’avaient pas connu ce cheval et ce cavalier n’allaient pas être totalement « dans l’histoire ». Jappeloup était mon idole, je connais son histoire et j’ai regretté qu’il ne soit pas plus mis en avant dans le film (au final plus centré sur durand).
    ce qui me gêne toujours dans les films de chevaux c’est qu’on voit bien qu’il y en a 12 pour faire un même cheval, que celui qui est fougueux et un pure race espagnol à longue crinière de mario luraschi. ensuite c’est un autre qui saute qui n’a pas du tout la même morphologie etc… enfin c’est le cinéma !
    et puis il y a des détails qui ne vont pas du tout : dans les années 80 les pantalons d’équitation n’était quasiment jamais marrons comme on le voit dans le film parfois, mais beige blanc ou noir ! lol

  2. Et vous mettez une note moyenne au film puis vous tweetez « heureusement qu’il y a Jappeloup, Jappeloup »
    Vous pouvez m’expliquer?!
    Après si c’était juste pour utiliser un jeu de mot pas très original…pourquoi pas mais c’est tellement du vu et revu, et c’est tellement pas drôle. Enfin, amusez-vous comme vous pouvez.

        1. Mais si, dites ! Je suis pour le débat !

          Je n’ai aucun problème avec le fait que l’on puisse aimer. J’ai un problème avec le fait qu’on ait un problème avec le fait que je puisse ne pas aimer.

          ET JE SAIS QUE CETTE PHRASE EST INCOMPRÉHENSIBLE.

          1. Je n’ai pas de problèmes avec le fait que vous puissiez ne pas aimer (même si je ne comprends pas qu’on puisse ne pas aimer ce film!). Comme je vous l’ai dit j’ai l’impression que vous êtes passé à côté des bonnes choses du film. Et surtout ce qui m’énerve ce sont les préjugés et les clichés.

      1. Je ne sais pas si je n’aime pas tous vos tweets, mais au moins celui ci! J’ai du mal avec les références aux aliments quand on parle de cheval! Pas parce que je suis contre le cheval dans une assiette mais parce que tout le monde fait les mêmes blagues « pas drôles » (pour moi) et ça devient lourd. Après si vous tweetez une vanne plus subtile et originale sur le cheval, je rigole sans souci! @jessik_r

  3. « Le monde des concours d’obstacles, c’est celui du luxe, des jockeys qui viennent juste se poser sur leur cheval en polo Lacoste, cheval qui aura bien fait caca auparavant dans les mains de son lad, qui est payé pour ça. Je schématise. A peine »

    J’ai bien que peur que vous n’ayez 1-Rien compris à l’univers du saut d’obstacles et donc 2-Rien compris au film.

    1- Rien compris au saut d’obstacles
    D’abord comme le dit Mélanie, on parle de cavaliers. Je pense que vous ne connaissez pas ce monde sinon vous ne rentreriez pas dans ces stupides clichés. Non, le cavalier ne se contente pas de monter sur un cheval et de sauter des barres. Il y a tout un travail technique et stratégique dans ce sport, qui est montré d’ailleurs dans le film lors des reconnaissances et des concours. Le couple cavalier/cheval est important, le lien et la complicité entre les deux aussi. Le cavalier doit connaître son cheval s’il veut gagner. On le prouve avec Pierre Durand et Jappeloup et avec plein d’autres couples du saut d’obstacles d’aujourd’hui, mais je ne vais pas vous citer des noms comme vous ne les connaissez pas (et vous vous permettez de les juger).

    2- Rien compris au film « il eut certainement été pareillement judicieux ici que Duguay se concentre sur un événement en particulier » Tout l’intérêt du film repose sur ce parcours justement. Comment un homme, qui a tout contre lui (ses échecs, son petit cheval caractériel) va se surpasser pour réaliser ses rêves. C’est un exemple de courage et de persévérance. Après son échec au JO de Los Angeles en 1984, Imaginez vous la force psychologique qu’il faut pour revenir sur un parcours 4 ans plus tard avec le même cheval qui vous a fait tomber devant des millions de personnes (humiliation supreme) et trouver le moyen de gagner?

    Donc oui le film est un peu long mais c’est nécessaire de bien capter chaque étape de son parcours pour encore mieux comprendre le sens de cette victoire. Dommage si vous êtes passé à côté de cela. Mais j’ai l’impression que vous défendez le milieu des courses que vous connaissez c’est normal, mais ne détruisez pas le milieu du concours de saut d’obstacles que vous ne connaissez pas.
    Je ne me permettrai pas de faire la même chose.

    Cordialement,

    1. Merci de votre commentaire, Jessica.
      J’avoue ne pas aussi bien connaître que vous le milieu, avouez néanmoins que l’image qui en émane est celle que je décris. Evidemment qu’elle est faussée, comme toutes les images, évidemment que la boue vous connaissez. Seulement cette boue, on ne la voit jamais sur les polos Lacoste de Canet dans le film.

      Quand à mon « incompréhension » du film, je pense que vous ne comprenez pas l’objet de mon mécontentement. Oui, le cheminement est important. L’anecdotique moins : qu’apporté-ce au film, cette scène du concours où Canet n’entend pas la cloche de départ ?

      1. Guillaume Canet se ramasse dans le film, il tombe. Vous voyez qu’il y a de la boue! Puis il persévère et il remonte.

        Pour la cloche, ça s’est réellement passé pour Pierre Durand. On montre que c’est complètement un anti-héros, qu’il n’est pas concentré à ses débuts et qu’il peut faire des erreurs. Des erreurs qui vont lui apprendre des leçons (et des valeurs) pour ne pas les recommencer. Ses erreurs vont lui apprendre à grandir et à penser autrement pour gagner.

      2. Même le plus grand cavalier, le numéro 1 mondial peut tomber… Je peux vous dire qu’à ce moment là, il n’est pas fier (Il doit ressortir à pied devant un public nombreux, une vraie humiliations) – Le cavalier doit faire des choix stratégiques mais il dépend beaucoup de l’humeur de son cheval. On dit que c’est un milieu hautain et élitiste. Moi je pense que c’est une école de l’humilité où on doit sans cesse se remettre en question (comme le fait Pierre Durand dans le film)

        1. Jamais je n’ai remis en cause l’intérêt de l’histoire, pleine de rebondissements et assez géniale. Je ne remets en cause que la scénarisation de celle-ci, un peu trop exhaustive à mon sens.

          1. D’accord alors vous mettez un peu plus que 2/5 ?… peut être un 3/5 serait plus juste 😉
            Pour moi c’est 4/5 mais bon je n’espère pas non plus vous faire monter jusque là!

  4. Une critique dans laquelle le « blogueur » (je doute qu’il s’agisse d’un journaliste vu son manque de culture) confond les termes « jockey » et « cavalier » alors qu’il est censé avoir vu le film! Ahaha je rigole d’avance, vous me direz à quel moment du film Jappeloup est employé le mot « jockey ». Et quand on voit que la meilleure note est donnée au physique de Lou de Laage, on comprend encore mieux le niveau. Je vais faire confiance aux critiques du Figaro, Parisien, Studio, Première, Le Point, l’Express etc qui sont bien mieux construites et crédibles.

    1. Huhu, pourquoi tant de haine Mélanie ?

      J’ai daigné ne pas snober quiconque dans l’article comme vous venez de le faire avec moi en ne relevant pas l’aberration consistant à foutre des banderoles Equidia partout sur les parcours, omettant ce détail : Equidia n’existait pas à l’époque. Mais je ne suis pas snob voyez-vous… Je ne suis pas cavalier. Mon monde, c’est celui des courses de trotteurs.

      Mais puisque vous semblez tenir à faire confiance au Figaro, je ne prendrai pas la peine de plus me chamailler avec vous, nous ne sommes définitivement pas fait pour nous entendre.

      1. Vous avez raison. Ces pancartes Equidia ont une grande importance dans le scénario du film. D’ailleurs j’y ai pensé pendant toute la projection, ça m’a tout gâché mon plaisir… Oh la la, fonder sa « critique » sur des détails aussi insignifiants… Pas du tout de haine, plutôt du raz-le-bol face à l’incompétence.

  5. La bande annonce déjà ressemble à tout ce qui est dit là… Dommage que Marina Hands se gâche dans un film pareil, c’est une actrice qui gagnerait à être hissée dans des films à la hauteur de son talent.

    1. Je ne suis pas fan de Marina Hands, vraiment pas. Mais dans Jappeloup, elle y est vraiment excellente. Allez le voir par vous même avant de vous faire une idée simplement sur la bande-annonce.

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