Gangster Squad, pétarades & clichés

Il est toujours singulier de remarquer, à propos d’un metteur en scène, que le trait de caractère de son cinéma – celui qui traverse tous ses films – est l’impersonnalité. Particulier de reconnaître à ce point le non-style d’un cinéaste. C’est le cas, une fois de plus, de Ruben Fleischer, dont on pourrait identifier l’œuvre parmi plusieurs, ne serait-ce que par son manque d’imagination.

Gangster Squad, le dernier en date, se veut une réactualisation du film noir ; se veut aussi un film d’action musclé ; se veut encore – en plus, pourquoi pas – un film de vengeance conceptuel à la Tarantino ; se veut enfin un film stylisé inspiré par les comics américains.

Gangster Squad n’est rien de tout ça. Ou, au mieux – par égarement – il est tout ça à la fois, mais rate complètement sa cible.

Un film d’influences, sans réelle personnalité, dont les différents éléments se côtoient sans jamais être reliés, de sorte qu’ils semblent se tenir seuls, sans réel contexte, sans rien pour les supporter.

Ainsi, la performance caricaturale et surfaite de Sean Penn paraît comme l’une des pires – c’est peu dire – de sa carrière, alors qu’elle aurait été cohérente si le film avait assumé jusqu’au bout son côté comics. Dans le même ordre d’idée, le personnage d’Emma Stone est tiraillé entre le concept de la femme fatale et celui, plus misogyne, de la femme trophée ; elle n’est finalement ni l’une ni l’autre, et s’en trouve complètement bancal, désarticulé et vide.

Les autres acteurs, quant à eux, ont à se démener avec des clichés trop sérieux pour être parodiques, trop triviaux pour être sympathiques.

C’est à l’image du film.

Dans ses meilleurs moments, Gangster Squad n’est que du cinéma d’action absurde faisant dans la surenchère. Et là encore, l’incapacité de Fleischer à insuffler une quelconque personnalité à son film fait souffrir l’ensemble. Ces scènes de pétarades – parce que c’est ce qu’elles sont – ne possèdent aucune organisation, ne sont définies que par un enchaînement d’effets de style, lequel cache difficilement que l’on n’assiste à rien de plus qu’un ensemble de plans de gens qui actionnent leurs flingues indépendamment les uns des autres.

Dans ses pires moments, Gangster Squad évoque des films biens meilleurs, en quantité astronomique, tant ceux de l’époque que les plus récents, tel le bien meilleur Public Enemies de Michael Mann, duquel Flescher a copié l’aspect de l’image numérique.

Un film qui ne mérite pas d’être vu, donc. Ou peut-être qu’il le mérite, si vous voulez voir Ryan Gosling faire un clin d’œil à l’écran, parce que ça fait toujours plaisir. Ou si vous voulez voir Sean Penn se faire défoncer son (faux) visage à coups de poing, parce que c’est fédérateur comme désir. Ou encore si vous voulez voir Nick Nolte jouer, parce que sa présence manque. Malheureusement, ces éléments, on les aurait préférés dans d’autres films.

Pour tout le reste, c’est du déjà-vu. Et vaut mieux le revoir ailleurs qu’ici.

Gangster Squad, Ruben Fleischer, avec Josh Brolin, Ryan Gosling, Sean Penn, Emma Stone, Etats-Unis, 1h53.

« 26 janvier 1988, le monde change, Olivier Bouchard naît. Vingt-trois années plus tard, après avoir reçu les honneurs pour ses études en scénarisation cinématographique à l’UQAM, la plus prestigieuse université hippie d’Amérique du Nord, il fait un voyage culturel en France où il devient rédacteur vedette (parmi plusieurs autres) pour Les Fiches du Cinéma et Cinématraque. Sa cinéphilie est caractérisée par son amour des films ennuyeux, d’où son intérêt pour Alain Resnais, mais son écriture personnelle est définie par l’humble désir de fictionnaliser sa propre vie « avec le même talent qui se retrouvait chez Fellini ».

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