Un Enfant de toi

J’adore Jacques Doillon.

Ma première claque cinématographique, après L’Ours de Jean-Jacques Annaud, je la dois au Petit criminel.

Je n’étais alors qu’une enfant, comme tous ceux que filment Jacques Doillon, et je n’en suis jamais sortie, ni de l’enfance, ni de mon amour pour lui. J’ai aimé tous ses films et, quand je faisais du théâtre, j’ai décidé de mettre en scène Le Jeune Werther, dont j’avais acheté le scénario et appris toutes les répliques, de tous les personnages. Je devais avoir quatorze ans et dans ce film, au travers de ces dialogues insensés, c’est ma petite vie que je voyais défiler.

Je jubilais donc comme une pucelle avant son premier rendez-vous galant à l’idée de le revoir enfin sur les écrans.

Un Enfant de toi ne (nous) raconte pas d’histoire, mais s’invite chez les parents de Lina, 7 ans : Aya (époustouflante Lou Doillon) et Louis (élégantissime et impeccable Samuel Benchetrit), séparés après cinq ans d’une fougueuse passion. Aya a »refait sa vie » avec Victor (Malik Zidi, déjà repéré dans Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, le chef-d’oeuvre de François Ozon) et le retour de Louis va bousculer l’ordre établi. Mais après un amour si fou, est-il possible de ne plus douter du tout?

La passion, c’est la guerre, mais c’est pas toujours la guerre.

Tel est le propos d’Aya lorsqu’après trois ans de silence, elle décide de revoir Louis, pour lui annoncer qu’elle souhaite un enfant d’un autre. Aya et Louis vont alors se revoir, compter leurs rendez-vous comme un couple d’adolescents, se faire sermonner par leur rejeton pour avoir couché ensemble, puis Aya va réfléchir  à la possibilité de deux Il.

Tu aimes t’inventer des histoires mais quand elles t’arrivent, ça ne t’intéresse plus.

C’est la raison pour laquelle Aya s’est séparée de Louis ; un homme qui se regardait aimer, incapable de donner, tant il avait de quoi s’admirer. Il faut dire que Louis est le type le plus beau que la terre ait porté et que malgré sa coupe Lego, le moindre de ses mots est une caresse de poésie, le moindre de ses gestes, une invitation au viol, le moindre de ses actes, un appel à l’amour. Aussi, Louis a t-il raison de se regarder – du moins le croit-il, jusqu’à ce que la peur de perdre Aya lui fasse prendre conscience de l’existence de l’autre, d’une autre, son pair : la mère de son enfant.

T’en as pas marre de baisouiller?

Aya et Louis se rapprochent mais Aya est femme, Aya est bousculée, Aya veut plus, elle ne veut plus « baisouiller » mais faire l’amour, dans le sens le plus strict du terme.

Il ne faut pas barbotter, il faut plonger.

Aya pense aimer Victor parce qu’il ne lui veut que du bien, et détester Louis qui lui fait du mal, aussi. Mais Aya se perd dans sa passion avec Louis quand elle semble gagner trop facilement avec Victor, qui ne lui suffit plus. Avec Louis, elle connaît les tourments du corps (« Nous nous emboîtons parfaitement, c’est ça que je vis avec toi »), et avec Victor, le réconfort. Mais Doillon ne caricature ni l’un ni l’autre des rapports qui unissent ses personnages, en ayant l’intelligence de les voir sous l’oeil de Lina, enfant plus pertinente et lucide que n’importe lequel des adultes du film. Car l’adulte, c’est elle.

J’ai retrouvé mon enfance

L’une des forces de Doillon, c’est de montrer les enfants tels qu’ils sont : des adultes qui n’ont pas fini leur croissance. Ces enfants jouent à se marier, font la leçon à leur papa pour avoir « dormi » avec leur vraie maman, alors que dans nombre d’autres films, le prisme moral du réalisateur prendrait le dessus, et l’enfant se verrait soulagé que le vrai papa et la vraie maman se rapprochent. L’enfant, chez Doillon, régule les tensions, il est à lui seul le baromètre de l’amour que ses parents se portent, le juge suprême.

Quant aux dialogues, ils sont d’une rigueur, d’une poésie et d’une profondeur rares. Aucune place n’est laissée à l’improvisation, c’est autant de travail pour les acteurs que l’est l’amour dans un couple. Et, à l’image de l’amour qui dure, aussi travaillé et argumenté soit ce film, il m’est apparu non pas comme une parenthèse en chantiers, mais enchantée, je vous le promets.

Un Enfant de toi, Jacques Doillon, avec Lou Doillon, Samuel Benchetrit, Malik Zidi, France, 2h16.

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4 Comments

  • […] qu’avant, plus surtout que dans les deux précédents films, Le Mariage à trois (2010) et Un enfant de toi (2012), où les à-côtés de la parole aboutissaient à une hyper-suggestion poussive, vidant à […]

  • Répondre décembre 28, 2012

    EVE

    « L’enfant, chez Doillon, régule les tensions, il est à lui seul le baromètre de l’amour que ses parents se portent, le juge suprême…. »

    bonjour les dégâts! j’dis ça, j’dis rien…

    je dis seulement que c’est l’histoire des birkin-gainsbourg-doillon-and-Co, à savoir le mélange des enfants et des parents dans leurs fonctions respectives de qui dit quoi à propos de qui, mais bon; tu m’as donné envie de voir le film, et ce malgré le fait que Lou y joue (en général si mal), tu as donc fait très fort ^^

  • […] Cette chronique est aussi sur Cinématraque. […]

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