[Apocalypse, Jour J] 2012, la fin du monde fera mal aux yeux

Si vous lisez cet article, c’est que Roland Emmerich a eu tort. Ou bien que la fin du monde se fera en fin de journée. Oui, c’est sûrement ça.

En tout cas, je vous jure qu’on va en chier aujourd’hui. Je le sais, je viens de regarder 2012. Et « Emmerich », ça sonne assez maya pour que la prophétie de son chef-d’oeuvre ultime soit prise au sérieux.

Pour vous éviter 2h30 d’explosions, d’inondations et autres gestes héroïques présidentiels (un mixte Le Jour d’AprèsIndependance Day, en gros), je vais ici propager la bonne parole, celle de sieur Roland.

La fin du monde, ça ne sera pas de la rigolade. Déjà, on ressemblera tous à John Cusack, faute de Bruce Willis, ce qui, en soi, est déjà un sacré handicap dans la vie. On sera un papa écrivain raté reconverti en chauffeur de limousine. Deux enfants, qui l’appellent par son prénom et ne jurent que par leur beau-papa, et une ex-femme plutôt bonasse MILF qu’on a déjà vu dans plein de films moisis.

Quand un scientifique indien prévient un scientifique noir que c’est la merde niveau plaques tectoniques, Roland Emmerich a conclu sa démonstration scientifique, légitimé toutes les catastrophes à venir. Nous sommes à 2 minutes de film environ.

C’est week-end avec papa pour les gamins dont on sait pertinemment qu’ils seront prétextes à pleurnicheries durant toute la cacastrophe. En les baladant dans un coin assez volcanique, John Cusack capte une onde radio : un taré, digne des meilleurs moments de la radio libre de Skyrock, y annonce la fin du monde imminente dans le coin. Ça importe peu à John qui se met dans l’idée d’aller visiter le coin tellement dangereux qu’il y a des barbelés partout.

Belle scène, John lance la casquette de sa fifille réticente à l’idée d’entrer dans le territoire interdit :

- Mais on n’a pas le droit de traverser ! s’écrie-t-elle.

- Il faut bien qu’on aille chercher ta casquette…

Franchement, non, se dira le spectateur. La casquette coûte d’après mes recherches 5,99 euros, ce qui justifie moyen de risquer la vie d’un peu tout le monde, mais PASSONS :

Capture d’écran 2012-12-17 à 17.56.50

Evidemment, c’est l’armée qui les chope, et le scientifique renoi aussi, évidemment fan de John Cusack et d’un livre qu’il a jadis écrit – sur la fin du monde, what else – et que presque lui seul a lu. Après s’être échangés des regards coquins, les deux hommes se quittent dans une tension sexuelle qui n’est pas sans rappeler les grands moments d’Homme au Bain de Christophe Honoré.

Cusack raccompagne les gamins chez eux, conscient qu’il va sûrement se passer un truc chelou ce 21 décembre. Evidemment, il est comme toi et moi aujourd’hui, il a lu les trucs des Mayas, mais n’y prête que peu d’attention, parce que bon, c’est pas ces mêmes mayas qui ont inventé l’internet, quoi.

Il commence à un peu flipper quand la terre se fissure sous lui. Et quand elle se met à complètement former des montagnes, l’héroïsme commence. Tout le monde meurt sauf lui et sa famille.

Le seul moyen de survivre, c’est d’atteindre un grand vaisseau basé en Chine et dans lequel sont rassemblés tous les pontes de la planète Terre. Un milliard d’euro le siège, soit  l’équivalent de 27 027 027 places pour Calogero en concert. Le plan est donc simple :

- Choper un avion pour arriver en Chine

- Ravitailler en essence à Hawaï

- Trouver le vaisseau

- Y rentrer clandestinement

- Re-pécho l’ex femme

- Faire en sorte que les enfants l’appellent à nouveau papa

- Faire régner la paix dans le nouveau monde

Un plan eut pu être encore plus simple, cependant :

- Mettre du reggae à fond, fumer un joint et se laisser crever tranquillou comme tout le monde.

La combine c’est, pour trouver le vaisseau, de s’aider du milliardaire russe dont John est le chauffeur. Russe, il est donc automatiquement imbuvable, il ressemble à Boris Eltsine, il a deux gamins encore plus imbuvables et une meuf style Barbie, plutôt buvable.

Comme toujours chez Roland Emmerich, chaque personnage aura son moment de bravoure, l’humain étant fondamentalement plutôt bon, même lorsqu’il est un connard d’égoïste raciste milliardaire russe. Et comme d’hab chez Emmerich, c’est toujours au péril de leur vie que les méchants les plus méchants montrent leur bon côté… avant de crever, et d’être illico oubliés.

Le compteur de morts est immense, et Roland guide son petit monde qui fout le camp comme un gamin son village Playmobil avec son coffre à jouets. Ainsi, on ne résonne ici pas en terme de cohérence, mais de budget. Il y a là des girafes, des éléphants, des explosions, des inondations, des voitures, des avions, des sous-marins, des Barbie, et… le président des Etats-Unis.

A l’instar de sa belle performance dans Independance Day, le président des Etats Unis va ici se montrer exemplaire. Plutôt que d’aller embarquer dans cet édifice qui lui eut apporté la vie éternelle et plein de groupies à ses ordres, il préférera crever comme un iench avec ses concitoyens, à quelques mètres de la maison blanche, COMME UN SYMBOLE.

Et pendant ce temps, John trouve les forteresses entre deux presque-morts. Dedans, y a même pas de magasins FNAC, mais ça, il s’en branle, il veut que lui et ses enfants entrent histoire de survivre à la fin du monde mais surtout de pécho son ex, parce que niveau héroïsme, le nouveau beau-papa est moyen costaud quand même.

Et tout se passe pas mal. Sauf que voilà, la forteresse sensée résister à une vague de plus de 1500m voit son étanchéité remise en question par la faute de ces passagers clandestins, qui ont en essayant d’entrer de force bloqué les mécanismes d’ouverture avec une sorte de gros tuyau en plastique jaune. TOUJOURS SE MEFIER DES TUYAUX EN PLASTIQUE JAUNE LORSQUE VOUS CREEZ UNE FORTERESSE RESISTANTE A TOUTE EPREUVE, semble nous asséner Roland Emmerich.

Il faudra toute la force d’un John méga costaud en apnée et bien aidé de son débrouillard gamin pour dégager ladite porte du tuyau en plastique.

Le remplaçant du président est un connard, lui : il refuse l’accès à tous au bateau sous prétexte qu’un « obstacle » de 8848m se dirige droit vers le bateau. Extrait de dialogue :

- 8848m, mais c’est quoi ?

- C’est l’Everest.

DONC ils ont quand même réussi à nommer président par intérim un mec qui n’a pas de lui-même fait le rapprochement, ce qui nous laisse toutes nos chances, pour ce soir, dans l’hypothèse où François Hollande jouerait au héros.

Tout le monde ou presque meurt sur terre, sauf donc les privilégiés et les fraudeurs (paie ta morale). Et le beau-papa décède je sais plus trop comment. Le russe aussi, sa meuf aussi.

Et 27 jours plus tard…

Tout le monde vit des jours paisibles pépère tranquille sur son navire voguant vers l’horizon, à la recherche d’un lopin de terre épargné. C’est évidemment en Afrique qu’il se trouve, COMME UN SYMBOLE. Le deuil de l’humanité s’est finalement pas mal fait. Tous les survivants se sont pécho les uns les autres, et n’ont, suppose-t-on, plus d’autre occupation que de faire du sexe entre eux toute la journée, SANS SOUCI DE QUI EST HOMO ET QUI NE L’EST PAS, supputera-t-on.

Une certaine idée du paradis, donc, que cette fin de journée selon Roland Emmerich.

Oups, je me rends compte que le texte est très long, et que vous avez sûrement décroché en route, ou êtes allé au bout à la recherche d’un avis simple et construit. Et le fait est que je n’en ai pas vraiment d’autre que celui de cet internaute Allociné, vers qui je vous renvoie :

 Capture d’écran 2012-12-17 à 18.00.15

Vous avez quelque chose à ajouter ? Commentez ici, on vous répondra.

J'aime bien les films d'Arnaud Desplechin, mais aussi ceux avec Bruce Willis. Je suis l'un des co-fondateurs de Cinématraque, et je l'ai noté sur mon CV. Je filme bien les gens qui bougent pas trop.

4 Comments

  • Répondre décembre 21, 2012

    rirsan semoké

    Mis a part les effets spéciaux plutôt spectaculaires, le reste du…hum… »Film », est imbuvable.

    Avec son lot de personnages caricaturaux et de situations grotesques.
    Un gentil président Américain, qui se sacrifie pour rester avec ses compatriotes [c’est bien un Film].
    Un ancien boxeur Russe devenu milliardaire [cherchez l’erreur].
    Des assassinats ciblés, sur ceux qui auraient pu révéler au grand public la fin du monde [ministre Français de la Culture, ah bon ?].
    Un radio amateur survolté, au courant de tellement de choses avec documents à l’appui, à faire pâlir n’importe quel pontes hauts placés des services secrets [on est plus à ça prés au bout d’une heure de Film].
    Des arches de  »Noé » énormes, construites en un rien de temps et en toute discrétion [ »sont forts ces Chinois »]
    Moralisme de fin à deux centimes d’euro [les privilégiés, qui décident de sauver au dernier moment, les quelques survivants qui croupissent devant les portes des arches, alors qu’ils ont laissés mourir des centaines de millions de personnes, peu de temps auparavant].
    Et j’en passe.

    Bref, ce n’est pas un Film catastrophe, c’est une catastrophe de Film.

  • Répondre décembre 21, 2012

    Tom Hachpeur

    Dans 2012 on a l’impression qu’on pourrait couper la tête de ce cher john qu’il continuerait à courir et à s’en sortir. Vous auriez pu parler de ce qui est pour moi le moment le plus WTF de ce film : la scène de l’arrivée en Chine qui ne ressemble absolument à rien.

    PS: Emmerich il a un problème avec les présidents américains non ? parce que dans le jour d’après demain du jour précédent de la semaine dernière, le président américain crève aussi si je me rappelle bien ?

  • Répondre décembre 21, 2012

    EVE

    Alleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeez! La fin du Monde n’est pas la fin de l’humour, ça c’est dit! et le Cinéma qui nous donne à penser et à sentir nous donne encore beaucoup à rire, soit du fait de sa drôlerie soit de par son ridicule… Nous avons encore de beaux jours devant nous!

    Merci DZIBZ, You are the Best <3

  • Répondre décembre 21, 2012

    Mithrowen

    Pffff…les commentaires d’allociné, y’a vraiment à boire et à manger là-dedans…Sinon, tout à fait d’accord, 2012 est un bon gros ramassis de clichés…en plus, je me suis ennuyée à mourir…

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