Without

Le premier film de Mark Jackson repose entièrement sur les frêles épaules de sa jeune actrice principale, Joslyn Jensen. Dès les premières scènes émerge de son visage une sourde mélancolie dont elle ne se départira pas. Belle et juste interprétation d’un personnage isolé dans sa souffrance, malheureusement étouffée par une mise en scène trop affectée.

L’intrigue du film est minimaliste : une jeune fille anonyme part s’isoler sur une île pour s’occuper d’un vieil homme impotent, dans une maison coupée du monde, telle la villa isolée dans The Ghost Writer. L’oeil du réalisateur, constamment fixé sur Joslyn, transmet subtilement l’ennui qui s’installe dans la répétition des gestes quotidiens. Il la regarde s’observer nue dans les miroirs, et déambuler, caméra au dos, dans cette maison qui devient légèrement inquiétante. Car progressivement, Mark Jackson distille à l’aide de quelques notes fantastiques un soupçon d’angoisse, comme cette marque rouge qui apparaît soudainement dans le dos de Joslyn. Perversité du vieil homme ou imaginaire de la jeune fille ? Pas de réponse tranchée à cette question, même si la révélation de sa blessure profonde étaye l’hypothèse de son instabilité psychologique.

Dans cette atmosphère de huis clos, Mark Jackson se réapproprie de manière personnelle les thèmes polanskiens de l’enfermement, à la fois psychologique et géographique. Pour autant, Without ne parvient pas à se hisser au delà de l’exercice de style. Les pistes surnaturelles (le mystère autour du téléphone portable et des serrures) alimentent le scénario de manière quelque peu artificielle. De la même façon, la mise en scène souffre par endroit d’un certain maniérisme : les jeux sur la profondeur de champ, la multiplication des gros plans et des plans décadrés ont rarement d’autre justification que le simple effet visuel. L’entreprise globale manque ainsi de naturel.

Malgré ses imperfections, Without reste une proposition intéressante dans le paysage contrasté du cinéma américain indépendant. La vraie réussite du film vient de la complicité entre Mark Jackson et son actrice principale, dont il ressort un portrait affuté d’une jeune femme confrontée à l’impossible travail de deuil.

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

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