« Laurence Anyways me fait tellement chialer »

NDLR: Un très chouette article de @cinemoije qui publie surtout ici http://blogs.lexpress.fr/mon-cinema/2012/07/18/laurence-anyways/ nous sommes très fiers de la publier ici

Il y a un mois, j’assistais avec Cassandre à l’avant-première du 3e film de Xavier Dolan : Laurence Anyways au 104 : the place to be hipster.

Et selon Cassandre, Laurence Anyways est à l’image des gens qui peuplent le 104 : vide et laid.

Laurence Anyways, c’est l’histoire d’un prof de littérature qui décide d’être une femme du jour au lendemain, rompant ainsi son bonheur conjugal avec une grosse québécoise hystérique.

Ma première partie sera fortement influencée par l’avis de mon amie Cassandre : Xéna la guerrière avec la nouvelle coupe d’Audrey Pulvar.

Cette partie sera donc méchante.

Cassandre a vu le film sous l’angle technique et documentaire, aussi l’a t-elle trouvé absolument raté.

En effet, Xavier Dolan, abusant de couleurs criardes, de ralentis et de scènes de dos n’a pas compris Almodovar.

Quand il filme en gros plan des femmes surmaquillés, il rate ses références à Fellini.

Le problème avec Dolan et la prétention de sa jeunesse, c’est qu’il se targue de s’inspirer des plus grands alors que ses références sont : Sauvé par le gong et Forrest gump, le tout financé par AB Prod.

 Tout est survolé, tout est Disneyland. 

Les femmes sont laides, les ficelles énormes.

On dirait un film sous-titré pour sourds et malentendants (scène de l’eau quand elle lit le recueil, des vêtements qui tombent du ciel.)

Il n’y a pas de sida, pas de problèmes d’argent (contrairement à Cassandre, je trouve ça bien), juste des problèmes de goût : vêtements, couleurs et musique qui font mal à la tête.

En outre, le propos est dérangeant : ce film se veut marginal mais l’un des messages qu’il véhicule, c’est que deux femmes ne peuvent pas cohabiter sereinement et former un couple (à mesure que Laurence devient une femme, Fred se masculinise, pour lui laisser de la place)

Les scènes de boites de nuit ressemblent à une mauvaise photo de David LaChapelle (pléonasme).

Bien sûr, il y a quelques références à la coke pour satisfaire le public du 104.

Une mère dit à sa fille :

«Tu veux combien pour t’acheter un manteau d’hiver

-Donne moi plutôt de l’argent pour ma coke.»

Public : ah ah ah .

La drogue = la subversion = Je suis cool.

L’avis de Cassandre :

Ce film est anti-femmes, anti-hommes, anti-goût, anti-tout.

Le cinéma pour les nuls.

Cette deuxième partie, écrite le lendemain n’a subi aucune influence si ce n’est celle de ma sensibilité d’Hélène Rollès. Je vous la livre.

Hier soir, je suis allée voir Laurence Anyways de bonne humeur et je l’ai détesté. Aujourd’hui, je suis vraiment au fond et je pense à ce film avec grande émotion.

Laurence Anyways, c’est l’histoire de l’Homme qui crie «Aimez-moi» sans que personne ne l’entende.

Car dans les années 80, à Montréal, il n’y a pas facebook, on est dans la vraie vie et la vraie vie est moche : trop de maquillage, trop de mauvaise musique, trop de rose et de turquoise, trop de santiags, de vestes à franges, trop de cheveux rouges, trop de gros plans sur des vieilles rombières, trop de fausse fourrure, trop de léopard.

Mais d’amour pas assez.

Le rapport à la mère est intéressant : elle (Nathalie Baye) assume ne jamais l’avoir vu comme son fils ni ne l’aimer et l’accepte à mesure qu’il devient une femme et diverge ainsi de son mari.

La mère de Laurence ne l’aime pas, la copine de Laurence est à la beauté et à l’élégance ce que la poutine est à la gastronomie.

Laurence est narcissique et aime le voyage d’une brosse dans de longs cheveux.

Cette raison lui suffit à franchir le cap, à devenir une femme sans caresser ne serait-ce que la chance d’être femme.

A quitter la terre pour ne plus y descendre.

Bien sûr, Laurence est égoïste, se sert de son amie Fred comme faire-valoir et ne s’inquiète pas de la voir se masculiniser à mesure qu’il devient Elle,

Bien sûr Laurence existe trop pour la laisser être à côté,

Bien sûr Laurence dit vouloir être une femme mais rejette celle qui est à ses côtés, sans trop se l’avouer.

Bien sûr, Fred est masochiste d’offrir à Laurence sa première perruque.

Mais Laurence, quand il ne voit plus Fred, dit se demander chaque matin où elle est, ce qu’elle fait et pourquoi.

Et il appelle Fred la femme AZ car il c’est que c’est la première et la dernière.

Posture ou pas, je crois que c’est ça l’amour.

Laurence Anyways est poseur, racoleur. Le réalisateur n’y montre que la volonté physique de changer de sexe mais passe au travers de la question du genre, de l’être.

Il y a du Céline Dion dans Laurence Anyways et des répliques sur la coke et la marge pour plaire aux hypeux.

Mais Laurence Anyways en moi est partout, Laurence Anyways veut s’aimer, Laurence Anyways n’y arrive qu’au-dessus, à travers.

Laurence Anyways n’a pas de mère, pas de père, pas d’amour, mais des cheveux, des seins.

 

Laurence en voudra toujours plus car Laurence sait qu’on naît jamais assez. 

Et Melvil Poupaud, avec ses implants, est beau.

Laurence Anyways, quand j’y pense, me fait tellement chialer car il traite de l’impossibilité de s’aimer au delà des différences.

Et je suis tellement différente.

Si ce soir, je retourne voir ce film, me le pardonneras-tu ma chère Cassandre?

Au cinéma depuis le 18 juillet 2012

J’adore parler de moi, c’est le seul domaine où j’ai de vagues connaissances. Avec le cinéma.

5 Comments

  • Répondre septembre 25, 2016

    Yann Baron

    Bonne critique mais je ne comprend pas tes attaques sur la beauté de Suzanne Clément, c’est une actrice avec un énorme talent et la beauté subjective. De plus je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que Fred se masculinise mais bon passont… Laurence Anyways est un film très beau et émouvant, mais beaucoup de gens le déteste, alors qu’il ne demande qu’a être aimé

  • […] Cet article est à lire sur Cinématraque […]

  • Répondre juillet 18, 2012

    JeremySahel

    Ce qu’il y a de formidable dans ce texte c’est qu’il résume parfaitement l’ambivalence qu’on peut avoir devant un tel film. Dolan a un talent inégalé mais il pratique un cinéma qui peut parfois paraître prétentieux. Avec le personage de Cassandre , Melanie recrée le conflit interieur du spectateur. D’un coté je n’arrive pas à voir le film parce que Dolan en fait beaucoup trop, et de l’autre je suis très touché par cette poésie et par la force de sa mise en scene. Merci Melanie pour ce texte.

  • Répondre juillet 18, 2012

    Circe

    Quand on se gèle en plein hiver, une bonne poutine, ça réchauffe. Alors qu’au fond ce film qui se voudrait baroque est froid et livide, comme un vieux collé près d’un climatiseur qui déconne dans une maison de retaite.

  • Répondre juillet 18, 2012

    ‘la copine de Laurence est à la beauté et à l’élégance ce que la poutine est à la gastronomie’

    je suis pas d’accord mais j’ai beaucoup, beaucoup ri.

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